Aller au contenu

L’atelier

Trois couturières, une table de coupe et près de quatre mètres sous plafond, sur les pentes de la Croix-Rousse.

Solène Marchand

Solène Marchand a appris à coudre sur la machine à pédale de sa grand-mère, qui reprenait les cols de chemise de tout un immeuble de Vaise. Elle est ensuite montée à Paris, où elle a passé dix-neuf ans dans les ateliers de couture, jusqu’au poste de première d’atelier. Une première, c’est la personne qui reçoit le dessin et qui doit expliquer comment ça va tenir debout, en général à quelqu’un qui ne veut pas l’entendre.

En 2017, elle est revenue à Lyon avec deux paires de ciseaux, un mannequin réglé sur ses mesures de 1998 et l’envie de voir enfin les femmes qui portent ce qu’elle coud. Elle a pris un bail passage des Soyeux, sur les pentes de la Croix-Rousse, dans un ancien atelier de tissage. Les plafonds montent à près de 4 m, à cause des métiers d’autrefois. Pour suspendre une traîne, on n’a pas trouvé mieux. Elle y travaille avec Maud et Inès, et nous voilà trois couturières autour d’une table de coupe.

Solène Marchand, blouse bleue et mètre ruban autour du cou, dans son atelier
Table de coupe avec patron en kraft, grands ciseaux, bobine de fil rouge et mètre ruban
Mannequin de couture ancien portant une robe en cours de montage, faufil rouge sur les coutures

Pourquoi Faufil

Le faufil est le fil provisoire qui tient une robe pendant les essayages. On le pose à grands points, on l’ajuste, on le retire, on recommence. Le dernier jour, on le tire d’un coup et il n’en reste rien.

Le nôtre est vermillon. On le voit bien sur l’ivoire, ce qui évite d’en oublier un sous une manche, comme ça nous est arrivé une fois, la veille d’un mariage, à 18 h. Nous avons appelé l’atelier ainsi parce que c’est là que tout se passe, dans ces heures que personne ne verra. Une robe de mariée se porte une journée. Elle se règle pendant des mois, et c’est cette partie-là que nous savons faire.

Deux mains cousent un petit bouton recouvert sur une robe ivoire

Comment on travaille

Vous venez essayer pendant une heure et demie, gratuitement, et vous repartez sans rien signer si vous le souhaitez. Si vous commandez, nous prenons vos mesures et votre robe est coupée pour vous, ici, à la table du fond. Il faut compter quatre à six mois, avec deux essayages de retouche compris dans le prix.

Les tissus viennent de gens que nous connaissons : les dentelles de Calais-Caudry, la soie de Lyon ou d’Italie. Nous passons beaucoup de temps à dire ce qui va se passer : où ça va tirer, quand ça va froisser, combien de boutons il faudra fermer et par qui. Nous prenons le nombre de commandes que trois personnes peuvent coudre correctement. Quand c’est plein, c’est plein, et on vous donne l’adresse d’une consœur.

Ce qu’on refuse de faire

Couper une taille en dessous de la vôtre pour vous motiver. Dire qu’une robe vous va quand elle ne vous va pas : vous le verriez sur les photos, et nous avec. Vous faire signer le jour même en expliquant que la robe va partir. Elle ne partira pas, elle n’existe pas encore.

Nous ne servons pas de champagne, parce qu’une robe en soie et une coupe pleine ne font pas bon ménage. Nous ne publions aucune photo de vous sans votre accord écrit. Nous ne faisons pas de soldes, et nous ne répondrons pas à votre belle-mère à votre place, même si elle téléphone.

Salon d’essayage avec grand miroir ancien : une mariée de dos, une femme âgée assise qui la regarde